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Bonjour à tous,

Aujourd'hui je souhaite vous présenter la sculptrice franco-américaine Niki de Saint Phalle (1930-2002).

 

Niki de Saint Phalle en 1955

"Une des raisons qui rendent intéressantes les années qui passent, c'est que plus je vis, plus je sais que je ne sais strictement rien. Maintenant que je sais que je ne sais pas, de nouvelles antennes poussent en moi et j'écoute..."  Niki de Saint Phalle, Traces.

 

Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle naît en 1930 à Paris. La même année son père, banquier, se retrouve ruiné pendant le Krach boursier. Niki de Saint Phalle est envoyée avec son frère chez ses grands-parents paternels dans la Nièvre. Trois ans plus tard elle rejoint ses parents à New York. Elle se montre rebelle envers les institutions, la famille, le milieu bourgeois et corseté dans lequel elle grandit. C'est en 1994 dans son livre de mémoires qu'elle révèlera avoir été violée par son père à l'âge de onze ans.

Révoltée contre le milieu dont elle est issue, elle s'en échappe en devenant mannequin à l'âge de dix-huit ans. Elle se marie avec le poète Harry Mathews avec qui elle a deux enfants.

En 1953 Niki est hospitalisée pour une grave dépression et subit des électrochocs. Elle surmonte sa souffrance grâce à une thérapie providentielle basée sur l'expression picturale. 

Elle voyage beaucoup avec son mari et la découverte à Barcelone du parc Güell de Gaudi la marque profondément.

En 1956 elle expose pour la première fois, mais c'est surtout l'année d'un évènement qui va bouleverser sa vie : la rencontre avec le sculpteur suisse Jean Tinguely qui deviendra son compagnon trois ans plus tard. 

Elle se sépare de son mari en 1960 et lui laisse leurs enfants: "Ce fut la plus difficile décision de ma vie parce que j'aimais ma famille. Je devais malgré tout suivre mon rêve et faire de mon travail ma seule priorité". Niki de Saint Phalle s'accusera néanmoins toute sa vie d'avoir abandonné ses enfants même si elle se rapprochera d'eux quelques années plus tard.

Niki décide de se consacrer entièrement à ses créations. Elle peint, dessine, et se met à sculpter avec du plâtre, divers matériaux et objets de récupération.

 

La Mariée, Niki de Saint Phalle, 1963

 

Le buste de la Mariée par exemple, est recouvert de jouets d'enfants : voitures, pistolets, soldats, avions, chevaux, poupées, serpents et fleurs en plastique.

Différents thèmes reviennent de façon récurrente dans son travail :

Les animaux tels que, les oiseaux :

 

L'Oiseau amoureux (soleil), Niki de saint Phalle, 1990, résine polyester peinte

 

Ou les serpents, dont elle disait : 

"Pour moi, ils représentaient la vie-même, une force primitive indomptable. En fabriquant moi-même des serpents, j'ai pu transformer en joie la peur qu'ils m'inspiraient. Par mon art, j'ai appris à dompter et à apprivoiser ces créatures qui me terrorisaient".

 

Serpent and Egg, Niki de Saint Phalle, 1981-82, résine polyester et acrylique

 

La femme est indéniablement le thème dominant toute son oeuvre. En plus des mariées, Niki de Saint Phalle représente des mères, des femmes en train d'accoucher, des sorcières, des baigneuses, des danseuses.

Et bien sûr la femme joyeuse et libre représentée par ses emblématiques Nanas. A partir de 1965 l'artiste crée tout une série de Nanas au corps plantureux muticoloré.

 

Black Standing Nana, Niki de Saint Phalle, 1995, résine polyester et acrylique

 

Cet aspect joyeux ne doit pas occulter le message délibérément politique de ces femmes noires dans un contexte violent de discrimination raciale aux Etats-Unis dans les années soixante. Niki de Saint Phalle a depuis toujours été profondément révoltée par le sort réservé aux afro-américains. 

En 1966 Niki participe à une expérience magique et totalement inédite dans l'histoire de l'art : La Hon (Elle en suédois). Cette sculpture monumentale est réalisée d'après la maquette de Niki de Saint Phalle à Stockholm, avec la collaboration de Jean Tinguely et de l'artiste suédois Peter Olof Ultvedt. La Hon est née de l'idée d'édifier une déesse. Cette gigantesque Nana couchée sur le dos, jambes écartées, offrant son vagin comme entrée au public, avait une toute petite tête, de gros seins et un ventre arrondi de femme enceinte. 

 

La Hon (Elle), Niki de Saint Phalle, 1966, métal, colle et tissus peints

 

"Elle était là comme une grande déesse de la fertilité, recevant, absorbant et dévorant des milliers de visiteurs. Rêve du retour à la Grande Mère. Des familles entières avec leurs enfants, leurs bébés, vinrent la voir. La Hon eut une vie courte mais pleine. Elle exista pendant trois mois et fut détruite. La Hon, qui remplissait l'espace du grand hall du musée n'avait jamais été prévue pour y rester. La Hon avait quelque chose de magique. Près d'elle on ne pouvait que se sentir bien. Tous ceux qui l'approchaient ne pouvaient s'empêcher de sourire".   Lettre à Clarice, Automne 1966.

L'eau, les fontaines, les arbres et les jardins, ces thèmes chers à l'artiste qu'elle abordera à de nombreuses reprises seront tous réunis dans le Jardin des Tarots.

Entre 1979 et 1996, Niki de Saint Phalle se lance dans cette réalisation titanesque, située dans le sud de la Toscane. Composé de vingt-deux sculptures monumentales recouvertes de mosaïques polychromes, de miroirs, et de verres précieux, représentant les vingt-deux arcanes du tarot, ce lieu est ouvert au public depuis 1998.

 

Le Jardin des Tarots, Niki de saint Phalle, 1979-1996

 

Cette oeuvre gigantesque est le fruit d'une collaboration avec Jean Tinguely qui en réalisa les structures et des artisans locaux. Certaines sculptures font quinze mètres de haut et sont habitables, Niki et Jean Tinguely eux-mêmes y ont vécu.

"Enfin, mon désir de toujours vivre à l'intérieur d'une sculpture allait se réaliser. Un espace tout en rondeurs ondulantes sans aucun angle pour m'effrayer ni m'attaquer". Lettre à Marella, juin 1990.

 

En rédigeant cet article j'ai réalisé ne pas être particulièrement sensible aux matériaux utilisés par Niki, comme la résine polyester qu'elle a beaucoup utilisée. Ses formats parfois si imposants lorsqu'ils atteignent les quinze mètres de haut, s'écartent même de ma notion toute personnelle de la sculpture, mais... l'oeuvre de Niki m'émeut profondément. Pour plusieurs raisons. Déjà car elle n'a jamais suivi aucun cursus, n'a jamais intégré aucune école d'art, n'est jamais rentrée dans un cadre, n'a jamais été formatée par un style ou un courant. Bien sûr on perçoit l'influence de Gaudi ou du Facteur Cheval, et elle ne s'en est jamais cachée, mais elle était libre. 

Ensuite, parce qu'elle a su admirablement transcender sa souffrance psychique en créant une oeuvre prolifique et unique. Elle n'a pas seulement rêvé, elle a follement rêvé et a réalisé ses rêves. Qui avant elle aurait osé mener à terme un projet aussi délirant que celui de La Hon ? Je trouve ça magnifique. Et pour une autre raison encore : ses créations ne se limitent pas à un message personnel mais se doublent d'une dimension politique, dénonçant une société machiste et raciste. Enfant elle a été profondément marquée par la discrimination raciale aux Etats-Unis. La souffrance dont elle a été témoin s'est superposée à sa propre souffrance engendrée par l'inceste et son incapacité à se conformer à son milieu. Parce qu'elle a osé vivre librement sa vie, son art, Niki de Saint Phalle me touche infiniment.

 

Isabelle.

 

Sources:

Niki de Saint Phalle, de Pontus Hulten, aux éditions Hatje Cantz, 1999

Niki de Saint Phalle, de Bernadette Costa-Prades, éditions Libretto, 2014

 

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