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Bonjour à tous !

J'ai décidé aujourd'hui de rédiger un article sur le sculpteur français Georges Jeanclos (1933-1997).

 

Georges Jeanclos

 

" Les images de Jeanclos révèlent à la fois l'insigne faiblesse de notre personne et la force irréductible de notre amour ; par leur simple existence, elles nous aident à vivre. "  Tzvetan Todorov, 2011          

 

Georges Jeankelowitch dit Georges Jeanclos, naît à Paris en 1933. D'ascendance séfarade du côté maternel et ashkénaze du côté paternel, alors qu'il est enfant il connait l'exode avec sa famille, ils vivent réfugiés pendant un an dans la forêt. Il échappe de peu à la milice et est témoin d'atrocités de la guerre qui le marquent à jamais. Il dira plus tard "J'ai gardé de cette époque une angoisse qui ne me quittera jamais. Mes nuits résonnent encore et le cri que je pousse m'effraye. Il nourrit aujourd'hui la terre que je modèle."

Jeanclos tombe amoureux de la terre à l'âge de quatorze ans lorsqu'il rencontre le sculpteur belge Robert Mermet. Il rentre dans son atelier et découvre alors la joie de modeler.

On peut voir une sculpture que Jeanclos réalisa à l'âge de quinze ans :

 

Bustes de Fred et André, les frères, Jeanclos, 1947

 

"Je suis un modeleur. L'argile m'est familière. Je sais l'humidité propice à la naissance, choisir le bon moment pour faire naître de la terre les images fécondes. (...) Passion immodérée de cette matière souple et humide".

Elève aux Beaux-arts de Paris, il travaille la glaise et le plâtre. Il obtient le grand prix de Rome en 1959, puis de 1960 à 1964 réside à la prestigieuse Villa Médicis alors dirigée par Balthus.

En 1968, la profonde crise existentielle qui le traverse depuis son retour à Paris atteint son paroxysme. Celle-ci le conduit à se remettre en question sur le plan artistique, professionnel et personnel. Il n'arrive plus à travailler, et se confronte à une crise identitaire très violente. C'est par le travail de la terre qu'il va se relier à sa judéité et estamper sur certaines de ses terres quelques versets en hébreu du Cantique des cantiques et du Kaddish, la prière pour les morts.

Alors Jeanclos va naître une seconde fois. Les dormeurs surgissent d'un "hasard", d'un "accident":  Jeanclos travaillait alors sur un plan incliné et voilà que la masse de terre se met à "riper sur elle-même et à s'allonger jusqu'à devenir un mince drap de terre pouvant être modelé". Le premier dormeur était là. Sans ce geste trouvé grâce à l'accident il n'y aurait pas eu de dormeur. Jeanclos parlera de "la rencontre d'un geste et d'un état, l'état psychologique de régression, de nidation, de retour à la mère".

 

Dormeur, Jeanclos, 1977, terre cuite

Ces dormeurs sont pour Jeanclos l'expression "d'un enfouissement et en même temps d'une attente, ils vont chercher dans la poussière et la terre les ultimes éléments d'une survie, d'une résurrection."

Au fil des années , les dormeurs seront parfois en couple, "une main est venue sur une épaule ou sur la tête, un contact qui était de l'ordre du sacré et en même temps de la protection."

 

Le Couple, Jeanclos, terre cuite

 

L'invention de Jeanclos est d'avoir mélangé plusieurs techniques: le modelage, l'estampage et l'étirage de la terre. Et le plus étonnant et le plus périlleux à la fois est que toutes ses sculptures sont construites sur du vide, c'est l'air enfermé qui assure la tenue de la pièce.  L'oeuvre naît en un rituel consistant à taper la terre au sol jusqu'à obtenir une fine plaque incrustée de poussière :

 

Jeanclos travaillant dans son atelier

 

Les gisants emmaillotés dans des linceuls ou des haillons expriment une évidente fragilité et témoignent de la survie difficile de l'humanité après la Shoah.

Jeanclos a tenu à transcender cette tragédie personnelle reliée à la souffrance et à la détresse universelle, en créant des sculptures empreintes de beauté et d'une sérénité presque mystique.

En 1979, Jeanclos entame une série de voyages sur tous les continents. La découverte de l'Asie sera déterminante.

Les thèmes récurrents dans son oeuvre sont les dormeurs, les arbres de vie, ou les barques :

 

Barque pour Saint-Julien-le-Pauvre, Jeanclos, 1991, terre cuite

 

A la mort de son père en 1976, Jeanclos commence la série des Urnes, " un personnage se trouve à l'intérieur de celles-ci, il a disparu dans l'urne. (...) Je ne peux pas me résoudre à l'abstraction, ce personnage se déploie sous la terre. Je veux faire des objets judaïques, qui parlent, qui soient des sortes d'oraisons."

 

Urne, Jeanclos, 1979, terre cuite

 

 

De retour du Japon il commence la série des Kamakuras :

Kamakura, Jeanclos, bronze

 

Il aborde également les thèmes bibliques comme Adam et Eve, Moïse, ou la Vierge à l'enfant.

 

Adam et Eve VII, Jeanclos, 1986, terre cuite

 

"Adam et Eve, c'est cette recherche de tendresse, une conversation avec l'autre, une recherche de l'autre -toucher l'autre- un désir de communication à travers l'amour, la tendresse."

 

Vierge à l'enfant, Jeanclos, terre cuite

 

Jeanclos travaillera également sur un nombre important de commandes et réalisera des oeuvres monumentales  telles que:

La fontaine Saint Julien le Pauvre, square Viviani à Paris,  Le portail de l'église de Saint Ayoul à Provins (Seine-et Marne), Les portes de la cathédrale Notre-Dame de Treille à Lille.

Rares sont les sculpteurs ayant su atteindre un tel état de bienveillance, de grâce et de délicatesse en transcendant la douleur. Le modelage de la terre a retrouvé ses lettres de noblesse sous les mains de Jeanclos.

 

 

Sources

Jeanclos, de Jacques Sojcher aux éditions Cercle d'art, 2000

Jeanclos, Musée de l'Hospice Comtesse, Lille, 1999

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