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Bonjour à tous,

 

Aujourd'hui j'aimerais vous présenter la sculptrice allemande Cornélia Konrads (née en 1957).

 

Cornélia Konrads

 

" J'aime cette idée de montrer que dans le visible, il y a de l'invisible. J'aime réveiller la joie de penser à des possibilités, à ce qui pourrait être ".  Cornélia Konrads.

 

Née en 1957 à Wuppertal, une ville proche de Düsseldorf en Allemagne, Cornélia Konrads suit des études de philosophie avant de devenir l'assistante d'un sculpteur puis de travailler comme professeur.

Ces créations seront dans un premier temps des dessins, des estampes, et différents objets qui seront progressivement créés in situ. C'est à partir de 1998, parce qu'elle reçoit une bourse, qu'elle choisit de quitter l'enseignement pour se consacrer entièrement à ses créations.

Une des caractéristiques de l'oeuvre de Cornélia Konrads est de représenter une temporalité suspendue à travers un mouvement semblant défier les lois de la gravité. Ainsi dans Passage, alliant des branches, du fer et des câbles d'acier, elle arrive telle une illusionniste à créer une installation aérienne, mouvante, onirique, et c'est bien là la spécificité de son travail.

 

Passage, Cornélia Konrads, 2007, Allemagne

 

Cette oeuvre nous questionne car elle vient troubler notre perception du réel. Nos certitudes vacillent. Le mouvement des branches est-il ascensionnel ou descendant ? Avons-nous affaire à une porte qui se désagrège ou bien prend-elle forme devant nos yeux ?

Cornélia Konrads dit avoir réussi à combiner ses trois passions à travers son travail : l'art, la philosophie et les voyages. Elle se définit d'ailleurs elle-même comme une artiste voyageuse. Ses interventions l'amènent un peu partout dans le monde, avec des projets menés dans un grand nombre de pays en Europe, mais aussi aux Etats-Unis, Canada, Afrique du Sud, Australie, Japon, etc.

 

Bridge, Cornélia Konrads, Lincoln, Montana, Etats-unis, 2018

 

Permanentes ou éphémères, les installations de Cornélia Konrads nous relient à une autre perception sensorielle et intellectuelle de la nature. Elle nous incite à changer de regard, à explorer de nouvelles pistes, à nous aventurer dans d'autres dimensions. Notre conception du monde s'enrichit et se fait alors plus vaste.

Ses matériaux de prédilection sont le bois, mais aussi les briques, les pierres et le plâtre.

 

Pile of wishes, Cornélia Konrads, 2004, Corée du Sud

 

Avec Pile of wishes, nous retrouvons le mouvement ascendant ou descendant. Cette oeuvre s'inspire de traditions que l'artiste a pu observer en Corée du Sud, et présentes un peu partout dans le monde, consistant à empiler des pierres dans un lieu porteur d'une énergie spécifique, temple, fontaine, carrefour. Ce geste étant accompagné d'un souhait ou d'une prière. 

 

Dans d'autres créations comme Still life with tree, la nature semble reprendre ses droits sur les vestiges de la civilisation.

 

Still life with tree, Cornélia Konrads, 2008, Chastreix, Massif du Sancy, France

 

L'artiste précise : " Ce qui m'intéresse le plus, c'est l'ordre et le chaos, le visible et l'invisible, le matériel et l'immatériel. Et je ne vois pas ça comme des contradictions. Ce sont comme des pôles en toute chose ".  

 

Le travail de Cornélia Konrads n'est pas dépourvu d'humour et de fantaisie comme le montre cette oeuvre représentant un siège éjectable d'un genre assez particulier :

 

Schleudersitz, Cornélia Konrads, 2010

 

Un lance-pierre aux proportions démesurées semble attendre qu'une personne vienne s'asseoir pour l'envoyer dans le firmament.

Parmi les créations de Cornélia Konrads, une série de livres-objets présente également un lien entre les différentes facettes de son travail. Ce livre-objet intitulé Tränenbuch, "En larmes", est fait de papier, d'encre, de fils de nylon et de sel.

 

Tränenbuch, Cornélia Konrads, 2005

 

Outre l'association inédite des différents matériaux qui la composent, cette création engendre un sentiment étrange teinté de mélancolie. L'évocation de la nature avec ce qui rappelle des perles de rosée ornant une toile d'araignée, associée aux larmes du titre de l'oeuvre, génère une émotion profonde et poétique.

 

Tränenbuch, Cornélia Konrads, détail

 

Face à cette oeuvre je m'interroge, ces lignes de larmes de sel où fragilité et beauté se côtoient, représentent-elles une langue inconnue et pourtant familière ? Ou plutôt une partition de musique que seuls les oiseaux seraient à même de déchiffrer ?

Le petit format de l'oeuvre manifeste également une dimension intime, les paysages sont ici plus de l'ordre de l'imaginaire. Ces créations permettent à l'artiste d'explorer "sa propre manière d'appréhender et de s'identifier à des paysages inconnus".

 

 

Walkaway, Cornélia Konrads, Plettenberg Bay, Afrique du Sud

 

Les installations in situ de Cornélia Konrads nous invitent à nous interroger sur notre propre perception du monde, à explorer de nouvelles dimensions tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de nous-mêmes. Dimensions oniriques, magiques, où le temps suspendu génère une brèche dans laquelle, si nous nous y engouffrons, une promesse d'osmose salutaire avec la nature nous est offerte. L'environnement inhérent à l'oeuvre, revêt celle-ci d'une dimension poétique, singulière et bénéfique.

 

Moment of décision, Cornélia Konrads, Lulea (Suède), 2004

 

Et si la philosophie est l'art de poser des questions, alors peut-être pourrions-nous parler de "philosophie visuelle" pour décrire l'oeuvre de Cornélia Konrads ?

 

Isabelle Haas

 

 

Sources :

www.cokonrads.de/index.php

www.domaine-chaumont.fr/

www.artdocentprogram.com/artist-spotlight-cornelia-konrads/

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