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Bonjour à tous !

Aujourd'hui j'ai choisi de vous parler de la sculptrice d'origine ukrainienne  Chana Orloff (1888-1968), oui, encore une femme !

 

Chana Orloff

 

"Je n'ai jamais cherché autre chose qu'à exprimer la vie et par n'importe quel moyen " Chana Orloff.

Née en Ukraine en 1888, Chana Orloff  émigre avec sa famille deux ans plus tard en Palestine, futur état d'Israël. Adolescente, elle travaille comme couturière pour aider sa famille tout en poursuivant des études de langues et de littérature. Il fut convenu avec ses proches qu'elle irait à Paris durant l'été 1910 pour acquérir un diplôme de couturière avant de partir à New-York.

Elle resta finalement à Paris où après avoir achevé sa formation de couturière elle s'orienta vers l'apprentissage des arts plastiques. De 1911 à 1914 elle reçoit une formation de dessin, modelage d'après modèle vivant et sculpture sur bois et sur pierre. Durant ces années, Chana Orloff prend conscience de sa vocation de sculpteur. Elle côtoie alors les milieux artistiques et bohêmes de Montparnasse et se lie d'amitié avec de nombreux artistes tels que Soutine, Zadkine ou Modigliani.

Son oeuvre intitulée Torse, laisse précocément entrevoir le style caractéristique du langage sculptural qui sera le sien.

 

Torse, Chana Orloff, 1912

 

Reconnaissables par des formes pleines, lisses et stylisées, des lignes épurées, ainsi qu'une influence certaine de l'art Primitif, ses créations se font déjà remarquer au salon d'Automne de 1913. Elle expose également en 1916 au côté de Matisse, Rouault et Van Dongen.

Cette même année elle se marie avec le poète polonais Ary Justman. Celui-ci décède de la grippe espagnole en 1919 alors que leurs fils Elie n'a qu'un an. 

Chana Orloff sut rapidement ce que représentait pour elle la sculpture: " Une transcription de la vie sous toutes ses formes, aussi bien celle du caractère profond d'un être que celle du geste du quotidien de l'instant éphémère".

 

Femme qui croise les bras, Chana Orloff, 1913

 

C'est en 1925 qu'elle obtient la nationalité française puis se voit nommée Chevalier de la Légion d'Honneur.

A partir de 1928, Chana commence à exposer aux Etats-Unis, d'abord à New-York, puis dans tout le pays.

En 1937 elle expose une trentaine de sculptures à l'exposition "Les maîtres de l'art indépendant" au Petit Palais. 

Les thèmes récurrents de son oeuvre sont le portrait, la danse, les nus, les animaux dans leur aspect symbolique mais aussi les sujets bibliques, les maternités ainsi que l'art monumental. 

Bien qu'artiste pluridisciplinaire, la sculpture fut son mode d'expression favori et c'est avec le genre du portrait que Chana Orloff trouva toute sa mesure. Les commandes, les expositions, la renommée la placèrent comme une artiste incontournable.

 

Tête de madone, Chana Orloff, 1937

 

Les années sombres : 1942 est une année cruciale pour Chana Orloff. Prévenue par le fondeur Alexis Rudier, de l'imminence de la rafle du Vél d'Hiv, elle s'enfuit avec son fils, Elie, et s'exile à Genève. 

A son retour à Paris en 1945, elle retrouve sa maison et son atelier pillés. Une centaine de sculptures ont été volées ou détruites. Elle choisira de ne pas restaurer ses sculptures mais montera ici et là, sur des socles, une tête privée de corps ou un buste fracassé comme pour témoigner de la violence de cette expérience.

Elle se remet aussitôt au travail et réalise à partir de dessins faits en Suisse,  une sculpture essentielle intitulée Le Retour, qui marque un tournant dans son oeuvre :

 

Le Retour, Chana Orloff, 1945

 

Cette oeuvre, c'est la marque d'une fêlure. Elle inaugure un nouveau style. Un modelé tourmenté, rugueux, inquiet, vient remplacer la forme lisse, les rondeurs caractéristiques des sculptures de Chana jusqu'à présent. Procédant par petites touches, elle laisse l'empreinte de ses mains sur l'argile. De nombreux dessins préparatoires l'aident à se libérer de l'angoisse qui l'accable. Un fait notable est que Chana Orloff attendra dix-sept ans et une exposition à la galerie Katia Granoff en 1962, pour exposer Le Retour, comme une simple oeuvre d'art. L'oeuvre était restée jusque là cachée sous un drap au fond de l'atelier. Cette oeuvre dénonce à la fois la destruction de l'Homme mais aussi de l'Art, engendrée par la guerre.

Pour autant l'aspect lisse ne fut pas écarté durant la dernière partie de sa vie.

A partir de 1946, c'est une véritable consécration puisque Chana expose partout dans le monde, Paris, Amsterdam, Oslo, New-York, Chicago, San Francisco, etc.

Cette artiste polyglotte évolua toute sa vie dans un contexte nourri d'échanges artistiques et culturels internationaux.

Sa vie se partagera désormais entre la France et Israël.

Au cours de sa vie elle aura expérimenté toutes sortes de matériaux, terre cuite, bois, ciment, plâtre et bronze. Son style évolua mais toujours dans la figuration, tendant vers un plus grand dépouillement, comme pour toucher à la vérité. 

Danseuse courbée, Chana Orloff, 1962

 

La maison-atelier de Chana Orloff conçue dans un style Art Déco par Auguste Perret en 1926 et située dans le 14ème arrondissement de Paris, est aujourd'hui un musée.

 

Maison-atelier de Chana Orloff

L'itinéraire passionnant de Chana Orloff tient aussi à sa modernité. En effet, il me semble important de se rappeler que en tant que femme, juive et sculptrice, elle se confronta à trois difficultés majeures en contestant la tradition religieuse tout en s'opposant aux normes sociales de son époque.

 

 

Sources:

Mahj.org, Musée d'art et d'histoire du judaïsme.

www.gazette-drouot.com. www.chana-orloff.org.

Sociabiltés famil​​​​​iales, intellectuelles, artistiques et politiques autour d'une dessinatrice, illustratrice, graveuse et sculpteur : Chana Orloff (1888-1968), Thèse de Anne Grobot, 2018

Wikipédia.

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